Itinéraire

Cinque Terre : cinq villages suspendus au-dessus de la Méditerranée

Cinq villages colorés sur des falaises, des terrasses de pierre millénaires et des sentiers au-dessus de la Méditerranée. Guide complet des Cinque Terre.

17 février 2026
10 min de lecture
Cinque Terre : cinq villages suspendus au-dessus de la Méditerranée

Certains lieux semblent avoir été conçus par un réalisateur au budget illimité. Les Cinque Terre en font partie, sauf qu'aucun effet spécial n'est nécessaire : des maisons aux couleurs impossibles empilées sur des falaises tombant à la verticale dans une Méditerranée d'un bleu si profond qu'il paraît numérique. Des vignobles défiant toute logique, accrochés à des terrasses de pierre bâties à la main pendant plus de mille ans. Des sentiers serpentant entre des villages de pêcheurs où le temps semble s'être arrêté il y a des siècles. Et pourtant, tout est réel. Si réel que l'UNESCO l'a inscrit au Patrimoine mondial en 1997, et que chaque année des millions de voyageurs découvrent que les photographies, aussi spectaculaires soient-elles, ne rendent pas justice à la réalité.

Cinque Terre n'est pas un village. Ce sont cinq : Monterosso al Mare, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore, disséminés le long d'une bande côtière de douze kilomètres à peine sur la Riviera ligure, au nord-ouest de l'Italie. Cinq hameaux de pêcheurs restés pendant des siècles pratiquement inaccessibles par voie terrestre, reliés uniquement par des sentiers de montagne et la mer. Cet isolement est précisément ce qui les a préservés. Tandis que le reste du littoral italien se couvrait de béton touristique, ces cinq villages sont restés intacts, figés dans une esthétique mêlant le médiéval et le sauvage.

Un millénaire d'histoire sur les falaises

Manarola au coucher du soleil
Manarola : des maisons qui semblent jaillir de la roche

L'histoire des Cinque Terre remonte au moins au XIe siècle, lorsque les premiers habitants commencèrent à tailler les pentes pour créer les terrasses agricoles qui définissent aujourd'hui le paysage. Avant cela, la zone était habitée par les Ligures puis les Romains, mais ce sont les communautés médiévales qui transformèrent ces falaises impossibles en terres cultivables. Pierre après pierre, sans ciment ni mortier, elles érigèrent un système de murs de soutènement s'étendant sur environ 6 730 kilomètres. Pour mettre ce chiffre en perspective : c'est plus long que la Grande Muraille de Chine. Un prodige d'ingénierie agricole né de la pure nécessité de survie.

Au Moyen Âge, les villages appartenaient à la République de Gênes, qui les fortifia de châteaux et de tours de guet pour se défendre contre les pirates sarrasins qui ravageaient la Méditerranée. Les tours encore visibles à Vernazza et Monterosso témoignent directement de cette époque. L'économie tournait autour de la pêche, de l'huile d'olive et surtout du vin. Les vignobles en terrasses produisaient des raisins Bosco, Albarola et Vermentino donnant des vins blancs secs et, en quantités très réduites, le légendaire Sciacchetrà.

L'isolement fut partiellement rompu par la construction de la ligne de chemin de fer Gênes-La Spezia à la fin du XIXe siècle, qui perça la montagne de tunnels et relia pour la première fois les cinq villages au monde extérieur de manière pratique. Mais la vraie transformation arriva dans les dernières décennies du XXe siècle, quand le tourisme découvrit cette côte. En 1997, l'UNESCO inscrivit Portovenere, les Cinque Terre et les îles de Palmaria, Tino et Tinetto au Patrimoine mondial, reconnaissant la valeur exceptionnelle de ce paysage culturel façonné par l'homme dans un environnement naturel extraordinairement difficile. Deux ans plus tard, en 1999, le Parc national des Cinque Terre fut créé, le plus petit d'Italie mais aussi le plus densément peuplé, avec environ 4 000 habitants répartis entre les cinq villages.

Monterosso al Mare : la plage et la tradition

Monterosso est le plus grand et le plus occidental des cinq. C'est le seul doté d'une vraie plage : une bande de sable doré qui en été se couvre de parasols multicolores. Le village se divise en deux zones séparées par un tunnel creusé dans la roche : le centre ancien, avec son labyrinthe de ruelles médiévales, l'église San Giovanni Battista du XIVe siècle et une tour défensive génoise ; et Fegina, la partie nouvelle, où se concentrent les hôtels et la vie balnéaire. Monterosso est aussi la capitale gastronomique des Cinque Terre : ici les anchois ne sont pas un simple apéritif mais un monument culinaire. Les anchois de Monterosso, conservés au sel selon une recette inchangée depuis des siècles, sont célèbres dans toute l'Italie.

Vernazza : la carte postale parfaite

S'il fallait choisir une seule image pour représenter les Cinque Terre, ce serait probablement Vernazza. Son port naturel, le seul des cinq villages, est entouré de maisons colorées grimpant la colline jusqu'à l'église Santa Margherita d'Antiochia, construite au XIVe siècle avec un clocher s'élevant comme un phare au-dessus de la Méditerranée. Au sommet du village, le château Doria, forteresse génoise du XIe siècle, offre les plus belles vues panoramiques de toute la côte. Vernazza possède quelque chose que les autres villages n'ont pas : une piazza directement sur l'eau, où l'on peut s'asseoir pour un apéritif les pieds presque dans les vagues. C'est le genre d'endroit qui fait comprendre pourquoi les Italiens ont inventé le concept de dolce far niente.

Corniglia : le village rebelle

Vue de Corniglia
Corniglia, le village rebelle qui refuse de descendre à la mer

Corniglia est différent. C'est le seul des cinq sans accès direct à la mer. Perché à quatre-vingt-dix mètres de hauteur sur un promontoire cerné de vignobles en terrasses, pour y accéder depuis la gare il faut gravir la Lardarina, un escalier de 33 volées et 382 marches qui constitue toute une déclaration d'intentions. Qui monte à Corniglia l'a mérité. Le village récompense l'effort par une tranquillité que les quatre autres ne peuvent plus toujours offrir : moins de touristes, des ruelles plus authentiques et des vues embrassant toute la côte de Punta Mesco à l'île de Palmaria. Corniglia a des origines romaines documentées : son nom pourrait dériver de Cornelia, la gens romaine propriétaire de la zone, et des vestiges d'une villa romaine ont été retrouvés aux alentours.

Manarola : la photographie faite village

Manarola rivalise avec Vernazza pour le titre de village le plus photogénique, et la compétition est serrée. Ses maisons semblent pousser directement de la roche, empilées dans un amphithéâtre naturel qui au coucher du soleil se teinte d'un orange chaud, probablement l'image la plus reproduite de toute la Riviera italienne. Manarola est aussi le coeur viticole des Cinque Terre : les vignobles entourant le village produisent les raisins servant à élaborer le Sciacchetrà, et la coopérative agricole la plus importante de la zone s'y trouve. Le village possède un petit port de pêche avec des barques tirées sur une rampe de ciment et de pierre, et une rue principale, Via Discovolo, descendant de l'église San Lorenzo jusqu'à l'eau en passant devant des trattorias où le pesto se prépare encore au mortier, comme le veut la tradition.

Riomaggiore : la porte de l'est

Port de Riomaggiore
Le petit port de Riomaggiore et ses barques colorées

Riomaggiore est le village le plus oriental et, pour beaucoup de voyageurs arrivant de La Spezia, le premier contact avec les Cinque Terre. Son port minuscule, coincé entre deux falaises rocheuses, regorge de barques de pêcheurs aux couleurs vives contrastant avec le gris sombre de la pierre. La Via Colombo, rue principale, descend de la gare jusqu'à l'eau devant des boutiques, glaciers et trattorias rivalisant pour capter votre attention avec des arômes de focaccia fraîchement sortie du four et de basilic frais. Le château de Riomaggiore, du XIIIe siècle, domine le village depuis les hauteurs et constitue l'un des meilleurs belvédères pour contempler le coucher de soleil sur les quatre autres villages alignés le long de la côte.

Le Sentiero Azzurro et la Via dell'Amore

Les Cinque Terre peuvent se parcourir en train, les cinq villages étant reliés par des régionaux passant environ toutes les vingt minutes. Mais ne faire que le train, c'est comme aller à un concert et rester dans le hall. Les sentiers côtiers sont l'âme de ce lieu. Le Sentiero Azzurro, le Sentier Bleu, est l'itinéraire principal : environ douze kilomètres reliant Riomaggiore à Monterosso en passant par les trois autres villages. Il sert de voie de communication entre ces hameaux depuis des siècles, bien avant l'existence des routes ou des trains.

Le tronçon le plus célèbre est la Via dell'Amore, le Chemin de l'Amour, reliant Riomaggiore à Manarola. Cette passerelle taillée dans la roche fut construite dans les années 1920 et 1930, lors du percement des tunnels ferroviaires entre les deux villages. Ce qui commença comme un chemin pour stocker des explosifs loin des habitations devint rapidement la promenade la plus romantique d'Italie : les jeunes de Riomaggiore et Manarola, qui devaient auparavant escalader des falaises de six cents marches de chaque côté, pouvaient enfin se retrouver facilement. En 2012, un glissement de terrain ferma la Via dell'Amore, qui ne rouvrit entièrement qu'en août 2024 après une restauration de plus de douze ans. Aujourd'hui, on peut la parcourir moyennant un supplément de 10 euros par personne, avec une capacité limitée à 200 personnes toutes les demi-heures pour protéger le site.

Cuisine ligure entre les falaises

Manger aux Cinque Terre est une expérience allant bien au-delà de la simple alimentation. La cuisine de cette côte est ligure à l'état pur : simple, fondée sur des ingrédients de proximité, avec des saveurs rappelant qu'on se trouve entre montagne et mer. Le pesto génois est omniprésent, et ici il est préparé dans les règles : basilic local, pignons, ail, parmesan, pecorino et huile d'olive vierge, pilé dans un mortier de marbre. La focaccia, fine et croustillante, se mange à toute heure. Les anchois de Monterosso, conservés au sel, sont une spécialité séculaire.

Chaque village a ses spécialités. À Vernazza, la tourte aux herbes avec légumes et fromage frais. À Corniglia, les gâteaux au miel et au citron. À Riomaggiore, les gattafin, des chaussons frits farcis d'herbes sauvages dont on ne se lasse pas. Et à boire, le Sciacchetrà : un vin passito élaboré à partir de raisins séchés plus de soixante-dix jours dans des locaux ventilés avant d'être pressés. Le résultat est un nectar doré et sucré que Pétrarque et Boccace louaient déjà au XIVe siècle, et qui bénéficie de l'appellation d'origine contrôlée (DOC) depuis 1973. Il est produit en si petites quantités que le trouver hors des Cinque Terre relève de l'exploit.

Quand y aller et conseils pratiques

L'été, surtout juillet et août, est la pleine saison. Les trains sont bondés, les sentiers saturés et les ruelles de Vernazza se transforment en procession lente de touristes. Si vous pouvez choisir, la meilleure période est septembre-octobre : les températures restent agréables pour marcher, la lumière prend cette qualité dorée de l'automne méditerranéen, la mer est encore assez chaude pour se baigner et les vendanges transforment les vignobles en un spectacle de couleurs. Le printemps, d'avril à juin, est aussi excellent, avec des sentiers fleuris et sans les foules estivales.

La Cinque Terre Card est quasiment indispensable si vous comptez combiner randonnée et train. La version incluant le transport ferroviaire illimité entre La Spezia et Levanto plus l'accès aux sentiers du Parc national coûte entre 19,50 et 32,50 euros par jour selon la saison. Depuis 2026, l'entrée à la Via dell'Amore est incluse dans la carte, sans supplément séparé. On peut l'acheter dans n'importe quelle gare de la zone ou sur le site du Parc national.

Un conseil que peu de touristes suivent : levez-vous tôt. Les villages au petit matin, avant l'arrivée des trains chargés d'excursionnistes, ont une magie tout autre. Les pêcheurs rentrent avec la prise du jour, les boulangers sortent les premières focaccias du four, et les rues sont désertes hormis quelque chat paresseux au soleil. C'est le vrai Cinque Terre, celui d'avant Instagram.

Un fait peu connu : depuis Riomaggiore, on peut prendre un bateau pour Porto Venere, un village nommé d'après un ancien temple dédié à Vénus. Là, Lord Byron avait l'habitude de plonger dans la mer pour nager jusqu'à la maison de son ami Shelley, sept kilomètres en eaux libres qui semblent une folie aujourd'hui mais qui, au XIXe siècle, n'étaient que poésie.

Si les Cinque Terre vous ont conquis, notre guide week-end des Cinque Terre comprend des itinéraires village par village avec Google Maps, les meilleurs restaurants de chaque bourg, les horaires de trains et bateaux, et tous les détails pratiques pour ne rien manquer. Aussi disponible en Español, English, Deutsch, 中文 et Русский.

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