Quartiers

Montmartre : le village bohème au sommet de Paris

Artistes de rue, cabarets légendaires et une basilique blanche dominant la ville. Guide pour découvrir Montmartre au-delà des clichés.

10 février 2026
7 min de lecture
Montmartre : le village bohème au sommet de Paris

Il y a quelque chose à Montmartre qui ne colle pas tout à fait avec le reste de Paris. Peut-être est-ce la pente de ses rues, qui oblige à marcher lentement. Peut-être sont-ce les escaliers abrupts qui remplacent les avenues rectilignes du baron Haussmann. Ou peut-être est-ce que ce quartier, perché sur la colline la plus haute de la ville à 130 mètres au-dessus de la Seine, a été une commune indépendante pendant des siècles — il ne fut rattaché à Paris qu'en 1860 — et conserve encore cet air de village qui résiste à la métropole. Montmartre sent la crêpe fraîche, sonne comme un accordéon et ressemble à une peinture à l'huile parmi les mille toiles posées sur des chevalets place du Tertre. C'est un cliché, certes, mais il fonctionne parce qu'en dessous il y a quelque chose de réel : une histoire d'artistes, de rebelles et de rêveurs qui ont fait de cette colline l'épicentre de la modernité.

Le Sacré-Cœur : la basilique qui blanchit sous la pluie

La basilique du Sacré-Cœur domine l'horizon parisien depuis le sommet de Montmartre comme une meringue colossale. Sa construction débuta en 1875, après la défaite dans la guerre franco-prussienne et les violences de la Commune de Paris, comme un acte d'expiation nationale — même si beaucoup de Parisiens y virent alors une insulte à la mémoire des communards fusillés sur cette même colline. Les travaux durèrent près de quarante ans et la basilique ne fut consacrée qu'en 1919. Son style romano-byzantin, avec ces coupoles qui évoquent davantage Istanbul que Paris, fut controversé dès la première esquisse. Mais le plus curieux dans cet édifice, c'est son matériau : la pierre de travertin de Château-Landon, qui possède une propriété unique — au contact de la pluie, elle sécrète de la calcite, si bien que la basilique blanchit à chaque averse au lieu de noircir. C'est un bâtiment qui se nettoie tout seul. Depuis l'esplanade se déploie l'un des plus beaux panoramas de Paris, et si l'on gravit les 300 marches jusqu'au dôme, la vue porte à quarante kilomètres par temps clair.

Le Moulin Rouge illuminé la nuit
L’emblématique Moulin Rouge et son moulin rouge au pied de Montmartre

La Place du Tertre et l'héritage artistique

À deux cents mètres du Sacré-Cœur, la place du Tertre est un marché d'art en plein air depuis le XVIIIe siècle. Aujourd'hui, un maximum de 298 artistes autorisés par la mairie se relaient pour peindre et vendre leurs œuvres sur cette place minuscule, à peine 1 400 mètres carrés où les chevalets rivalisent avec les terrasses de café. Il est facile de la balayer d'un revers de main comme un piège à touristes, mais la tradition est légitime : c'est ici, dans les rues alentour, qu'une bonne partie de l'art moderne a pris forme. Van Gogh vécut à Montmartre entre 1886 et 1888, dans un appartement de la rue Lepic avec son frère Théo, et pendant ces deux années il peignit plus de deux cents tableaux, découvrit les couleurs vives qui allaient définir son œuvre et s'imprégna de l'impressionnisme qui bouillonnait dans les cafés du quartier. Quelques années plus tard, Picasso s'installa au Bateau-Lavoir, un atelier collectif délabré de la rue Ravignan où, en 1907, il peignit Les Demoiselles d’Avignon, le tableau qui fit voler en éclats les règles de la peinture occidentale et ouvrit la voie au cubisme. Modigliani, Braque, Juan Gris, Toulouse-Lautrec — la liste des artistes qui travaillèrent sur cette colline est un résumé de l'art du XXe siècle.

Le Moulin Rouge et la culture du cabaret

Au pied de la colline, sur le boulevard de Clichy, un moulin à vent rouge tourne depuis 1889, la même année que l'inauguration de la tour Eiffel. Le Moulin Rouge naquit comme un cabaret populaire dans le quartier de Pigalle, où la bourgeoisie parisienne se mêlait aux artistes et aux prostituées dans une atmosphère de liberté qui scandalisait la moitié de l'Europe. Toulouse-Lautrec immortalisa ses danseuses de cancan dans des affiches devenues des icônes de l'art graphique. L'établissement a survécu à deux guerres mondiales, à la révolution du cinéma et à la concurrence du divertissement numérique, et propose toujours des spectacles de revue chaque soir. Au-delà du Moulin Rouge, Montmartre fut la capitale mondiale du cabaret : Le Chat Noir, ouvert en 1881, fut le premier cabaret artistique de l'histoire, un lieu où poètes, musiciens et humoristes inventèrent un format de spectacle encore vivant dans le monde entier.

La basilique du Sacré-Cœur et son dôme blanc
Le Sacré-Cœur, dont la pierre de travertin blanchit à chaque pluie

Le Montmartre caché : vignes, ateliers et cabarets secrets

Le tourisme de masse a transformé les artères principales de Montmartre, mais il suffit de s'éloigner de cent mètres de la place du Tertre pour découvrir un autre quartier — plus calme, plus authentique, plus surprenant. Au coin de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent se cache le Clos Montmartre, l'un des derniers vignobles de Paris. Planté en 1933 pour empêcher le terrain de devenir un immeuble d'habitation, ce vignoble minuscule produit environ 1 500 bouteilles par an d'un vin que les Parisiens qualifient affectueusement de médiocre — mais dont les vendanges, chaque octobre, sont célébrées par une fête populaire qui emplit les rues de musique et de joie. À quelques pas se trouve le Bateau-Lavoir, reconstruit après un incendie en 1970 mais toujours habité par des artistes, et un peu plus bas dans la même rue des Saules, le cabaret Au Lapin Agile. Actif depuis les années 1860, ce minuscule établissement aux murs roses fut le point de rencontre de Picasso, Apollinaire et Utrillo, et offre encore aujourd'hui des soirées de chansons et de poésie française dans une atmosphère qui n'a guère changé en un siècle. On raconte que Picasso paya un jour un dîner avec un tableau qui vaudrait aujourd'hui des millions.

Sur les traces des artistes

Montmartre fut le berceau de l'art moderne, et ses fantômes créatifs sont toujours là. Au Bateau-Lavoir, place Émile Goudeau, Picasso a peint Les Demoiselles d'Avignon dans une pièce non chauffée. Van Gogh a vécu avec son frère Theo rue Lepic — le même immeuble est toujours debout, sans plaque, discret. Toulouse-Lautrec a immortalisé les cabarets du quartier dans des affiches valant aujourd'hui des millions. Et l'Espace Dalí, une galerie dédiée au génie catalan, cache plus de 300 œuvres originales dans un sous-sol près de la Place du Tertre. La promenade d'un point à l'autre ne prend pas plus d'une heure mais traverse cent cinquante ans de révolution artistique.

Manger à Montmartre : où mangent les locaux

Le piège touristique le plus courant de Montmartre est de s'asseoir Place du Tertre pour payer quinze euros une crêpe médiocre. Les habitants mangent ailleurs. La rue Lepic est la rue gastronomique du quartier : marché le matin, restaurants authentiques toute la journée. Le Consulat, avec sa façade carte postale, sert une cuisine française honnête à prix raisonnables. Pour les aventuriers, Pink Mamma — quelques minutes en descente — est un restaurant italien sur cinq étages qui vaut la file d'attente. Et pour le petit-déjeuner, n'importe quelle boulangerie de la rue des Abbesses surpasse les cafés Instagram du centre.

Conseils pratiques pour visiter Montmartre

Le meilleur moment pour monter à Montmartre est tôt le matin, avant neuf heures — les rues sont désertes, la lumière est douce et la place du Tertre n'a pas encore déployé ses chevalets. Le funiculaire de Montmartre, qui fonctionne avec un ticket de métro ordinaire, épargne les escaliers de la rue Foyatier, mais si les jambes suivent, la montée à pied par ces mêmes marches est l'une des expériences classiques de Paris. La station de métro la plus pratique est Abbesses (ligne 12), qui possède en outre l'une des plus belles entrées Art nouveau du réseau. Évitez les restaurants de la place du Tertre — prix gonflés, qualité douteuse — et explorez les rues secondaires : la rue Lepic, la rue Norvins et le marché de la rue du Poteau offrent des options bien plus authentiques. Une promenade complète dans le quartier, sans se presser, prend environ trois heures, et la récompense est de découvrir que Montmartre n'est pas qu'une jolie carte postale : c'est un morceau d'histoire vivante où chaque coin de rue garde la trace de quelqu'un qui a changé le monde avec un pinceau, une chanson ou une idée.

La Seine avec ses ponts et les immeubles parisiens
La Seine traversant Paris, la ville que Montmartre contemple depuis les hauteurs

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